Home Actualités Et si le Hamas était blanc? (Par El Hadji Thiam)

Et si le Hamas était blanc? (Par El Hadji Thiam)

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L’actualité de ces derniers jours est vivement marquée par la mortelle guerre intercommunautaire opposant les Arabes et les Juifs en Israël. D’aucuns ont même poussé la critique plus loin en comparant le conflit à ce qui se passe aux États-unis, à propos justement du racisme systèmique qui y règne. Alors oui, peut-être parce que les analystes politques ont fortement mis l’accent sur ce qui se passe dans la bande de Gaza et non sur Jérusalem Est! Certaines analyses sont claires: les communautés israéliennes sont séparées dans ce conflit au sein d’Israël. A l’image de la condition des Noirs aux Etats-unis, les Arabes palestiniens en Israël sont aussi victimes d’expropriation de leurs terres au cours de l’histoire, en même temps relégués au second plan par les instances politiques. Cependant, certains observateurs ont-ils raison de faire une telle comparaison politique – dans des contextes si différents, notamment du point de vue de l’hostilité et de l’histoire civilisationnelles? Les arabes sont-ils les Noirs aux Etats-unis? Ce qui est évident par contre, c’est que chacun choisit son camp dans ce conflit. Comme l’a très bien souligné le rédacteur en chef du média UNHERD
“Les gens ne comprennent peut-être pas pourquoi Israéliens et Palestiniens se tirent des roquettes, mais cela ne les empêche pas de choisir une équipe. «Mark aime Israël, je suis la Palestine» – comme l’a souligné Jeremy dans Peep Show, c’est beaucoup plus intéressant si vous choisissez votre camp, et le monde occidental ne manque pas de personnes ayant des opinions sur le Moyen-Orient”.
Cela dit, les occidentaux sont plus ou moins consentants avec la posture politique d’Israël; Israël étant une partie de l’Occident pour des raisons idéologiques et religieuses. En plus, Israël est presque le bastion de la population orthodoxe, voire des religions évangéliques, en perte de vitesse dans l’empire occidental. Rappelons juste que les évangéliques traduisent ou incarnent un courant politique très fort aux États-unis. Israël représente également pour “ces mêmes occidentaux” l’idéal du conservatisme en politique. Les conservateurs soutiennent en vérité les Israéliens depuis longtemps – même si au début ce n’était pas le cas. Les conservateurs soutenaient historiquement les Palestiniens, qualifiant Israël de pays raciste et colonialiste. En 1956, le National Review qualifiait Israël de «premier État raciste de l’histoire moderne» tandis que «James Burnham, l’analyste de politique étrangère le plus important et le plus influent de la National Review, a été très critique envers Israël, réprimandant constamment l’État pour avoir enflammé les passions arabes en maltraitant les réfugiés palestiniens et sa population arabe interne.
Comment sommes-nous arrivés à ce pire scénario ?
La science politique et l’histoire peuvent évidemment nous aider à mieux comprendre.
Selon ED WEST, rédacteur en chef de UNHERD, après 1967, deux parties sont devenues plus alignées le long des lignes de la guerre froide et donc être pro-israélien c’était être pro-américain, et vice versa. Mais puisque les conservateurs adoraient le pouvoir, leur perception d’un Etat juif faible a également changé après la victoire héroïque et spectaculaire de 1967. Cette victoire historique a rendu les ambitions des conservateurs complexes, qui pensent du coup reconquérir l’idéal aristocratique sur cette nouvelle terre promise.
: «Après cela, les conservateurs, comme des nerds attirés par un homme fort, ont décidé de se retirer en Israël, après la guerre des Six jours, Israël est devenu le rêve d’un frère de gym.”.
De ce point de vue, cette situation politique semble théoriquement donner de la place à la droitisation de la politique en Israël et en Europe, dans la mesure où il existe fortement des pays qui soutiennent ce pays. Le président américain Joe Biden n’a pas caché ses intentions à ce propos. La Russie, elle, appelle à la neutralité. Ironie du sort. L’Iranien et le Hezbollah semblent profiter du conflit comme du temps de Yaser Arfat. L »Iran a soutenu le Hamas depuis ses débuts en 1987 en tant que ramification du groupe islamiste les Frères musulmans. Mais ce n’est que lorsque l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a commencé à envisager la paix avec Israël dans les années 1990 que leur relation s’est vraiment épanouie. Mousa Abu Marzouk, un dirigeant du Hamas, s’est rendu à Téhéran et aurait extrait une promesse de 30 millions de dollars par an – ainsi que la formation militaire de milliers de militants du Hamas dans les bases du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) en Iran et au Liban. Les autres Etats arabes victimes peut-être de la normalisation de leurs relations avec Israel. Or, les résolutions et conférences aux Nations-unies incluent cette grande complexité dans l’agenda des années à venir. Les Israéliens et Palestiniens savent clairement que ce conflit ne prendra pas fin tant que la position politique du Hamas et d’Israël continue de cette façon. C’est aux populations elles-mêmes de prendre à bras le corps cette question tout même. De même, on remarque que toute la gauche ne soutient pas Israël. La gauche est contre Israël. Le Hamas, branche politique et armée de la Palestine, peut nous renvoyer aujourd’hui à cette gauche politique dans le monde. Pourquoi ? Peut-être que la gauche soutient les mouvements progressistes, ou peut-être que tous les mouvements progressistes sont de gauche. Black lives maters y compris. Mais puisque le Hamas combat la domination mondiale des Etats-unis, il est de gauche et non de droite. Il serrait de droite lorsqu’il sera blanc. Spectre compliqu et improbable !

El Hadji Thiam est ancien rédacteur en chef de Campus Actu et est chroniqueur Senenews.

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